Un éléphant condamné à mort et pendu

Des affiches annonçant l’arrivée du Sparks Brother’s Circus ont fleuri sur tous les murs de Saint-Paul, en Virginie (Etats-Unis). Ces pancartes promettent un spectacle « divertissant, instructif et moral » : des hommes statues, des lions de mer dressés, mais surtout ce qui doit être l’attraction principale : une troupe d’éléphants.
Ce 10 septembre 1916, un homme, en arrêt devant l’image des pachydermes, semble fasciné. Walter Eldridge, surnommé « Red » (Rouge) en raison de ses cheveux roux, cherche du travail et il vient d’avoir une idée. Quelques instants plus tard, il va tenter sa chance auprès de Charlie Sparks, le directeur du cirque, qu’il supplie de l’embaucher. Coup de chance – ou de malchance comme nous le verrons plus tard – Sparks a justement besoin de quelqu’un pour s’occuper des éléphants.

Une affiche du cirque Sparks.

Une affiche du cirque Sparks.

Walter Eldridge apprend vite les ficelles du métier auprès des autres soigneurs. Ses collègues, cependant, remarquent que le nouveau venu manque de patience avec les animaux. S’il s’entête à terroriser les bêtes avec la baguette cinglante qu’il a toujours à la main, il finira par avoir des problèmes. Cela ne fait un pli.
Deux jours plus tard, le 12 septembre, les éléphants, qui ont besoin de se rafraîchir, sont conduits jusqu’à une réserve d’eau où ils pourront s’asperger. Les événements tragiques de cette journée peuvent être reconstitués grâce à des témoignages enregistrés sur bandes audio et conservées aux Archives de l’East Tennessee State University. Eldridge conduit le leader du troupeau, une femelle d’une trentaine d’années baptisée Mary, le plus grand animal vivant sur Terre, selon la publicité du cirque Sparks. Soudain, celle-ci aperçoit sur le bord du chemin, un melon. Elle s’arrête et allonge la trompe pour attraper le fruit, sans doute tombé d’un camion.
Aussitôt, Eldridge tente de la faire repartir en lui tapant sur la tête avec sa trique. Mary lance un barrissement de douleur, saisit Eldridge avec sa trompe, le soulève dans les airs et le balance au loin.
Le dresseur se relève furieux et les autres soigneurs doivent s’interposer pour éviter qu’il ne s’en prenne à l’animal.
L’après-midi, un spectacle est donné. L’arrivée de la troupe des éléphants est saluée par un tonnerre d’applaudissements. Eldridge, qui rumine toujours sa rancœur, mène Mary durement. Les animaux font le tour de la piste, dansent d’un pied sur l’autre, s’alignent comme à la parade, avec toujours Mary en tête de file. Au moindre écart de cette dernière, Eldridge en profite pour lui donner un coup de trique rageur.
Tant et si bien que l’éléphante s’énerve et montre des signes d’agitation. Eldridge frappe de plus belle. Jusqu’au moment où Mary, une nouvelle fois, saisi son dresseur et pour le projeter dans la sciure de la piste. Et cette fois, avant que les autres cornacs n’aient le temps d’esquisser le moindre geste, et avant même qu’Eldridge ne puisse se relever, l’éléphant fonce droit sur lui. Sous les yeux du public, Mary pose son énorme patte sur la tête de son dresseur et appuie de tout son poids. Eldridge meurt écrasé sous la pression de cinq tonnes de muscles.
Tandis que le personnel du cirque évacue les éléphants dans la panique, la foule hurle :
— A mort ! A mort l’éléphant tueur !
Un forgeron dégaine son revolver et fait feu à cinq reprises sans blesser l’animal. D’autres hommes braquent également leurs armes en direction de Mary, soudain très calme. Charlie Sparks, le directeur, s’interpose :
— Sa peau est si épaisse que vous n’arriverez qu’à la blesser ! prévient-il.
Les vengeurs, cependant, ne renoncent pas. Certains proposent d’écraser le pachyderme entre deux locomotives, de l’écarteler ou, comme cela s’est déjà fait ailleurs, de l’électrocuter (c’était en 1903, je vous raconterai cette incroyable histoire un jour). Le directeur du cirque, de son côté, commence à craindre pour l’avenir de son cirque qu’on lui retire l’autorisation de produire des éléphants. Il comprend vite qu’il n’a pas d’autre solution que de livrer Mary et suggère qu’on la pende, comme un bandit de grand chemin. Cette dernière idée fait finalement l’unanimité.
Pendre un animal aussi imposant semble impossible, mais quelqu’un a une idée : Erwin, une ville voisine du Tennessee possède une grue qui sert à décharger les trains de charbon. L’engin, d’une centaine de tonnes, est bien capable de soulever Mary…
Le lendemain, 13 septembre 1916, le cirque Sparks se met donc en route pour Erwin. Pour rentabiliser le voyage, une représentation – dont Mary est dispensée – a lieu en début d’après-midi.
A 16 heures, sous une pluie fine, Mary et quatre autres éléphants sont conduits du côté de la gare. Mary ne se laisserait mener nulle part seule. Arrivée sur les lieux de son supplice, les dresseurs attirent leurs pachydermes à l’écart en leur donnant de la nourriture tandis qu’on entraîne Mary jusqu’au au pied de la grue. Tous les spectateurs ayant payé leur entrée au spectacle, ont été invités gracieusement à la pendaison de l’éléphant. 3000 personnes, dont une majorité d’enfants, sont venues assister à la mise à mort de « Mary la meurtrière », comme on la surnomme.
On entrave les pattes de l’animal pour l’empêcher de s’enfuir. C’est un pompier de la ville, Sam Harvey, surnommé Harvey-N’a-qu’un-œil, qui a été désigné pour faire office de bourreau. Avec l’aide d’un dresseur, il passe une autre chaîne autour du cou de Mary dont l’autre extrémité est reliée à l’énorme crochet de la grue.
Dans un silence de cathédrale, Harvey-N’a-qu’un-œil met le treuil en marche. La chaîne se tend puis l’éléphante est soulevée du sol… Quelques secondes plus tard, dans un sinistre bruit de craquement, la chaîne cède et Mary s’effondre sur le sol. Voyant l’éléphant tueur libre de ses chaînes, les spectateurs s’affolent et courent se mettre à l’abri. Mary, cependant, la hanche brisée, est incapable de faire le moindre mouvement. Sonnée, elle reste assise sur son postérieur. Un employé du cirque se précipite et lui escalade le dos pour lui passer une chaîne plus solide autour du cou. Le treuil est remis en action et Mary est soulevée une nouvelle fois. L’animal se débat désespérément, étranglé, suffoquant, au bout de la chaîne sous les vivats de la foule.

Sur ces images de mauvaise qualité, on distingue l'éléphant que l'on conduit près du chemin de fer, la pendaison, et le corps que l'on évacue.

Sur ces images de mauvaise qualité, on distingue l’éléphant que l’on conduit près du chemin de fer, la pendaison, et le corps que l’on évacue.

Trente minutes plus tard, la grue redescend le corps qui s’affaisse sur le sol. Mary ne bouge plus.
On a raconté que le corps de Mary avait été enterré à l’endroit où se trouve aujourd’hui le tribunal de la ville. C’est faux. Il aurait fallu pour cela la transporter de plus d’un kilomètre et demi du lieu de son exécution. Ce qui n’était pas envisageable. On s’est contenté de creuser, à l’aide d’une pelle mécanique, une fosse « grande comme une grange » selon un témoin de l’époque, tout près de la voie de chemin de fer, d’y faire rouler la dépouille de Mary avant de la recouvrir de terre. Aucune marque, aucune stèle, rien n’indique cependant l’endroit exact de la tombe du condamné à mort qui pesait cinq tonnes.

MaryElephant04

La presse de l’époque s’inquiète surtout du prix de l’animal.

Dernière mise à jour, le 27 mars 2015

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2 réponses

  1. MAROUA dit :

    pour moi, ces une histoire triste mais , le pire ses qu’un pompier ci met aussi.

    pour il ne fallait pas raconter au temps de détaille car il y des jeune qui peuvent être d’éstabilisé . MERCI

  2. MAROUA dit :

    Merci comme même c’était intéraisant et vous me prévenez si il y a autre chose qui peux être intérésant.

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