Macaire, 15 ans, enterré dans un cercueil en carton

On a enterré Macaire dans un cercueil en carton. Si vous pensez un jour être la personne la plus malheureuse au monde, pensez à Macaire, amputé des deux jambes, mort à 15 ans et dont les amis ont dû se cotiser pour lui offrir des funérailles de fortune.
Quand il s’est présenté pour la première fois à Simba Mosala, Macaire se déplaçait en se traînant par terre, en appuis sur les bras. Il avait entendu que le centre proposait des cours d’informatique, et il voulait apprendre. Enjoué, intelligent, volontaire, il s’est vite intégré parmi les autres jeunes. Ceux-ci l’aidaient à monter les marches de la classe ou à s’installer sur sa chaise derrière l’ordinateur. Macaire, le sourire de Macaire, la réussite de Macaire, faisaient la fierté et la joie de Lys.

Macaire voulait devenir informaticien. Sa volonté a surmonté le handicap faisait la fierté de Simba Mosala

Macaire voulait devenir informaticien. Sa volonté a surmonté le handicap faisait la fierté de Simba Mosala

Mais aujourd’hui, un souvenir surpasse tous les autres dans sa mémoire. « Un matin, il est venu me trouver pour me dire qu’il avait besoin d’argent pour faire vivre sa famille », raconte-t-elle. La misère et son corollaire, la mendicité, font partie du quotidien de Lys. Chaque jour, des personnes patientent dans la cours du centre durant des heures guettant le moment où ils auront l’opportunité de solliciter une aide. Pourtant, la demande de Macaire irrite Lys. « Je te nourris, je paie ta formation, s’emporte-t-elle, c’est difficile de faire plus ! » L’adolescent n’a pas insisté. Il a simplement répondu « merci » et s’est éloigné.

A son arrivée au centre, Macaire ne se déplaçait que sur les mains.

A son arrivée au centre, Macaire ne se déplaçait que sur les mains.

Troublée, la fondatrice du centre rapporte la scène à un éducateur. « J’ai choqué ce gamin, lui dit-elle, mais je ne peux pas faire plus que ce que je fais. Au moins grâce à nous, il ne mendie plus dans les rues. » L’éducateur lui répond alors que c’est justement là, le problème. Macaire n’est pas né handicapé, il a dû être amputé à l’âge de 4 ans suite à une chute d’un arbre mal soignée. Cette invalidité était une aubaine pour sa famille, la seule source de revenu : Son père, Jean, dont on ne se souvient pas beaucoup ici à Kitwik, est décédé il y a quelques années. Sa mère, Adeline, est malade. Trois de ses sœurs sont également décédées. Il ne reste que Titi, l’ainée, partie vivre à Kinshasa. Elle n’a pas de travail. La seconde, Hélène, a quatre enfants sans rien faire elle non plus. Grâce à son invalidité, Macaire pouvait mendier, et apporter quelques pièces. Depuis qu’il étudie à Simba Mosala, sa famille se retrouve dans le besoin. « Je n’avais pas pensé à ça, j’étais confuse, me raconte Lys. Ne sachant que faire, j’ai réuni tous les cadres du centre pour leur demander conseil. En discutant, on a estimé que si on pouvait réunir une cinquantaine de dollars, on pourrait acheter quelques cartes de téléphones, quelques boîtes de conserve, et monter un petit commerce que sa sœur Hélène, pourrait gérer. Ainsi la famille pourrait survivre en attendant que Macaire termine sa formation et trouve du travail. Le problème, c’est que nous n’avions pas un sou… »

Etienne (à droite) avec son protégé.

Etienne (à droite) avec son protégé.

Le salut et venu d’un bénévole canadien, Etienne. Il s’était pris d’affection pour Macaire et a décidé d’offrir les 50 dollars. Une petite somme chez lui, mais une fortune au Congo. Dès le lendemain, la sœur de Macaire ouvrait sa petite boutique.
Macaire a pu continuer ses études. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, et nous avons même pu par la suite lui offrir un fauteuil roulant. Et puis, le samedi 21 juillet 2013, Macaire s’est plaint de maux de tête. Le lendemain, la douleur est devenue insurmontable et le garçon est allé consulter un médecin dans un dispensaire. Lundi ; il était brûlant de fièvre, et déjà son état était jugé critique. Il est décédé le mardi 24, dans la nuit. « Deux jours de fièvre et il est mort à l’hôpital Cyril, me dit Lys, il est mort de cette fichue malaria… » Sa voix s’étrangle d’émotion, elle a beaucoup pleuré. « A l’instant où j’ai appris son décès, un oiseau est entré dans mon bureau, m’a regardée et il est reparti. Il s’est envolé directement vers le ciel. » Lys est croyante et cet oiseau est pour elle un signe, qu’elle ne peut ou ne veut cependant pas interpréter.

Un dernier adieu : la mère de Macaire devant la dépouille de son fils.

Son fils semble dormir, mais la mère de Macaire sait qu’il ne se réveillera plus jamais.

Macaire a été inhumé jeudi 26 juillet, dans ce cercueil en carton. Hélène et Titi, venue de Kinshasa, soutenaient sa mère dévastée. Tous les jeunes du centre avaient tenu à lui rendre hommage. Et parmi eux, son ami Serge a déposé un simple bouquet de fleurs, et a prié pour que la terre lui soit légère.

Si vous souhaitez, vous aussi, aider les enfants de Simba Mosala, vous pouvez envoyer vos dons, par chèque, à l’adresse de Simba Mosala – Rue du Bosquet 25 – B – 6141 Forchies-la-Marche – Belgique. Pour les donateurs belges, tout don à partir de 40 € bénéficie de l’exonération fiscale.

1 commentaire

  • Drouhin 19 janvier 2015 at 20 h 17 min

    Toujours en mon coeur, ton sourire, ton application, ce fut un déchirement le jour ou j’ai appris cela

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