Le petit garçon qui ne souriait jamais

C’est un chemin que les enfants de Simba Mosala connaissent trop bien, pour l’avoir emprunté trop souvent, d’un pas trop lourd, avec trop de chagrin dans le cœur : celui qui conduit à la morgue. Il n’y a pas grand-chose à dire de cette morgue. Quatre murs, une simple pièce où ceux que Dieu rappelle à lui attendent d’être portés en terre. Rien à voir avec les chambres funéraires réfrigérées de nos pays de privilégiés. C’est ici que Macaire a attendu dans son cercueil en carton. C’est ici qu’on a mis Richard, mort à 10 ans…

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Richard, quelques mois après son arrivée à Simba Mosala. Un enfant solitaire et taciturne. (Photo © Simba Mosala)

Au centre d’accueil, Richard ne s’est jamais départi de son masque d’une infinie tristesse. Il était arrivé un an plus tôt, le même jour qu’un petit shégué (enfant des rues), que des pasteurs avaient accusé de sorcellerie et torturé pendant trois semaines avant de le jeter dans la rue. Ce dernier s’était vite acclimaté, allant plein d’enthousiasme à l’école, riant avec ses camarades… Sombre, triste, Richard, en revanche, ne souriait jamais.
A force de patience, les éducateurs avaient réussi à l’apprivoiser un peu et à lui faire raconter son histoire : après la mort de ses parents, Richard avait été confié à un oncle qui s’est empressé de se débarrasser de lui. Un jour, cet oncle lui a dit de mettre ses affaires dans un sac et l’a conduit en ville pour le mettre dans un bus et l’envoyer dans de la famille, qui l’attendait à Idiofa (chef-lieu d’un territoire portant le même nom, situé dans la province du Bandundu, à 860 km de la capitale Kinshasa, à 150 km de Kikwit, soit deux heures et demie de route). Lorsque Richard s’est retourné, son petit sac de voyage à la main, la voiture de l’oncle avait disparu. Et le chauffeur de bus ne l’a pas laissé monter : le voyage n’était pas payé…
Peu de temps après son arrivée à Simba Mosala, Richard est tombé malade, présentant tous les symptômes de la malaria. Les éducateurs ne se sont pas alertés outre mesure. Ils ont, hélas, l’habitude. L’état du petit garçon a subitement empiré au début de l’année 2015. Crampes d’estomac, douleurs aux intestins, et une fièvre qui ne le quittait plus, Richard mouillait son lit dix fois par nuit. Inquiet, Serge, le responsable du centre, a commencé à envisager le pire. A la fin du mois de mars, il a conduit Richard à l’hôpital pour faire faire des tests sanguins.
Le 8 avril le verdict est tombé. Sur la page Facebook de l’association, Lysiane, une des fondatrices de Simba Mosala, commente, fataliste : « les résultats des examens montrent que notre petit gars est bien séropositif comme nous le craignions. Le cœur brisé une fois encore. »
Cinq jours plus tard, Richard quittait l’hôpital. Le traitement prescrit par les médecins ne changea hélas pas grand-chose à son état. Au centre, malgré les soins et les attentions de l’équipe, Richard continuait de s’étioler et il a fallu se résoudre à le ramener à l’hôpital.

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A l’hôpital de Kikwit, Serge donne son sang pour la transfusion de la dernière chance. Richard dépérissait à vue d’oeil. (Photos © Simba Mosala)

A-t-il vu Serge, installé dans un fauteuil, le bras gauche tendu pour qu’on y enfonce l’aiguille ? A-t-il compris que le responsable offrait son sang, qu’il était prêt à tout pour tenter de le sauver ? Ce n’est même pas sûr. Le petit Richard perdait de plus en plus la lucidité. Il est tombé dans le coma le 17 avril. Un nouveau message de Lys, sur Facebook, le 24 : « Nouvelle du jour : il parle, mais [ce] n’est pas compréhensible… il reste très faible, difficile à alimenter, mais on garde espoir ! »
Toute la semaine, chaque jour, les enfants de Simba Mosala se sont rendus à son chevet. Le 25 avril, au matin, lorsqu’ils sont arrivés, on leur annoncé que leur ami était décédé durant la nuit…
« Je ne peux pas croire en un Dieu qui fait mourir les petits enfants innocents », fait dire Albert Camus au docteur Rieu, le narrateur de son roman La Peste. Lysiane, fondatrice de Simba Mosala avec son mari Vincent, est, elle aussi, bousculée dans ses convictions dans ces moments de deuil et tristesse. « Je suis en rage, si tu savais, me dit-elle. Je sais que des milliers d’autres enfants meurent tandis que je te parle… Mais je ne comprends pas pourquoi Dieu ne m’entend pas, pourquoi je ne parviens pas à obtenir un subside et faire plus que nous ne faisons… »
Lysiane a beaucoup pleuré, pour Richard. Puis elle a accompli la tâche qu’elle déteste évidemment le plus au monde : faire un mandat afin d’envoyer de l’argent pour l’achat d’un petit cercueil… « C’est une triste consolation : il n’est pas mort dans la rue mais entouré de nous tous, de tous ses frères de Simba Mosala…» dit-elle.

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Un petit corps que l’on évacue sur une civière, la Jeep du centre transformée en corbillard, un cercueil que l’on porte en terre, des scènes hélas trop communes à Simba Mosala… (Photos © Simba Mosala)

Escorté par ses frères de misère, porté par les gardiens du centre (il a fallu engager des gardiens pour surveiller le matériel du centre, les ordinateurs notamment, et même le potager pour ne pas se faire voler les légumes), Richard a rejoint le cimetière. Il repose sous une simple croix de bois, tout à côté de Macaire.

Si vous souhaitez, vous aussi, aider les enfants de Simba Mosala, vous pouvez envoyer vos dons, par chèque, à l’adresse de Simba Mosala – Rue du Bosquet 25 – B – 6141 Forchies-la-Marche – Belgique. Pour les donateurs belges, tout don à partir de 40 € bénéficie de l’exonération fiscale. Il existe également un site de micro-don : cliquez ici. Ne le négligez pas, même un seul euro peut changer une vie à Simba Mosala.   

2 commentaires

  • fabienne pronier 5 mai 2015 at 16 h 48 min

    Gorge nouée….. Juste te signaler une petite coquille, tu as oublié le mot ‘heure’ ou ‘journée’, dans la phrase : « … soit deux et demie de route). « 

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    • Cyril Guinet 5 mai 2015 at 16 h 58 min

      Merci. J’ai porté la correction.

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