Football : Fay-aux-Loges bat Ascoux 1 avion à 0

Ce jour-là, à Fay-aux-Loges, un petit village situé à une trentaine de kilomètre d’Orléans (Loiret), on a décidé de mettre la guerre entre parenthèses. Décidé d’oublier les privations, les tickets de rationnement, les rafles, la Gestapo, la faim et la peur… Ce dimanche de février 1942, on a décidé, comme en temps de paix, d’organiser un match de football. L’équipe locale a donc invité celle d’Ascoux, un bourg voisin. Le temps est maussade. « La Carotte », comme on appelle le clocher de l’église à cause de sa forme particulière, se découpe sur un fond de ciel gris. Malgré tout , les spectateurs – voisins, parents, petites amies, femmes et enfants de joueurs – venus nombreux, sont impatients que la partie commence. Justement, les équipes pénètrent sur la pelouse en trottinant. Le terrain est bosselée, pelé par endroit, et ressemble davantage à champ de pommes de terre qu’au Parc des Princes. Et les joueurs de Fay-aux-Loges, pas plus que leurs adversaires, ne sont ni Roger Courtois, ni Etienne Mattler… (les vedettes de l’époque) mais qu’importe ?
L’arbitre donne le coup d’envoi. C’est parti ! Sous les encouragements, les deux équipes se donnent à fond. Tacles, dribbles, shoots, le ballon de cuir à lacets court d’un joueur à l’autre. Massés aux abords du terrain, les spectateurs applaudissent avec autant de ferveur les actions d’éclats, qu’ils s’amusent des maladresses de leurs champions. On entend des cris, des rires, des applaudissements. Mais soudain, un vrombissement dans le ciel fait se lever toutes les têtes. Les joueurs se figent au milieu de leur course, les spectateurs se taisent. Et tous scrutent les cieux. A l’horizon, un point noir apparaît bientôt. Puis on distingue les ailes et le fuselage d’un Fieserler Storch, un avion de l’armée allemande.
D’un coup, la guerre est là. L’avion survole le terrain et, tel un oiseau de mauvais augure, rappelle à chacun que le sport, la joie, les rires, ne sont pas de mise dans ces temps de malheurs. Tel un rapace, il passe et repasse au-dessus du stade et chacun peu détailler à loisir les ailes frappées de la sinistre croix noire…
Après un temps d’hésitation, les joueurs reprennent pourtant la partie, tentant de faire abstraction du Fieserler Storch rôde encore et toujours au-dessus d’eux.
Ascoux semble prendre l’ascendant sur son adversaire. L’équipe visiteuse est à l’attaque à présent et les locaux doivent de se regrouper à l’arrière pour protéger leur gardien. L’ailier d’Ascoux déborde, élimine un défenseur et centre fort devant le but. L’avant-centre se précipite. Il va marquer. Non ! Au dernier moment, Pierre Richard, joueur de Fay-aux-Loges, jaillit. Il se jette sur le ballon et frappe de volée pour dégager son camp. Le « cuir » monte dans les airs en une trajectoire rectiligne, pile au moment où le Fieserler Storch s’amuse à faire un nouveau piqué. Stupéfaits, joueurs et spectateurs suivent des yeux la trajectoire du ballon dans le ciel pour le voir frapper le nez de l’appareil. Sous le choc, l’hélice du Fieserler Storch se brise nette ! L’avion allemand tangue et vacille, puis il commence à perdre de l’altitude pour aller se poser en catastrophe une centaine de mètres plus loin.
Aucun cri de joie, aucune manifestation bruyante ne salue l’exploit de Pierre Richard. Ce que l’on peut lire alors sur les visages, c’est l’inquiétude et l’angoisse. On s’attend à voir sortir du cockpit un officier allemand furieux. On redoute qu’ils ne braquent une arme sur la foule et tirent pour se venger.
Mais contre toute attente, deux hommes déconfits s’extirpent tant bien que mal de la carlingue. Le premier, qui semble être le pilote, pénètre sur le terrain. Bredouillant quelques mots d’explications confuses, il ramasse le morceau d’hélice et rejoint son passager près de l’appareil.
C’est alors qu’un camion de l’armée allemande surgit à son tour… Des feld gendarmes en descendent et braquent de leurs fusils en direction… des aviateurs ! Sous les yeux médusés des joueurs et de leurs supporters, les deux hommes sont interpellés et embarqués sans ménagement
Ce n’est que plus tard, que les habitants de Fay-aux-Loges et d’Ascoux apprendront le fin mot de l’histoire. Les deux aviateurs n’étaient pas en service commandé. Ils avaient en fait « emprunté » le Fieserler Storch pour s’offrir une balade. Que sont-ils devenus ? Mystère… On n’entendit plus jamais parler d’eux dans la région. Mais on raconta longtemps l’histoire du shoot qui ébranla la Luftwaffe.

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