Le fan de Dexter voulait devenir un tueur en série : sa carrière s’arrête au premier meurtre

Mark Twitchell est un type un peu étrange. Inutile de le nier. A 29 ans, il passe le plus clair de son temps à écumer des sites internet à la recherche de jouets, gadgets et autres produits dérivés de Star Wars. Ce jeune canadien d’Edmonton (province de l’Alberta) a une autre marotte : le cosplay. C’est-à-dire qu’il confectionne – et porte – des masques et des costumes de ses héros favoris. Il consacre des journées entières à ce passe-temps. Une de ses réalisations les plus réussies – une réplique de l’armure de Bumblebee, un personnage de la série Transformers – lui a rapporté un prix d’une valeur de plusieurs milliers de dollars.

Mark Twitchell revêtu de son armure de Transformer, et déguisé en Wolverine, le super-héros de la série X-Men.
Mark Twitchell revêtu de son armure de Transformer, et déguisé en Wolverine, le super-héros de la série X-Men.

Enfin, plus inquiétant, Mark collectionne les armes blanches, les poignards, les sabres de samouraï, tout ce qui coupe et tranche. Cela ne serait pas aussi angoissant s’il n’était pas, en même temps, un fana de Dexter. Pour ceux qui ne la connaissent pas, cette série américaine raconte les aventures d’un jeune médecin légiste de Miami, Dexter Morgan. L’expert est jeune, bien mis de sa personne, toujours poli, et très compétent dans son boulot, le jour. Parce que la nuit, il se métamorphose en tueur sanguinaire. Une sorte de vengeur sociopathe qui traque les délinquants ayant échappés à la justice, les torture avant de les exécuter.
Jess, la femme de Mark, a fait preuve d’une patience d’ange et a longtemps supporté ses frasques. Mais elle a fini par se lasser de le voir déambuler déguisé en Dark Vador, ou jouer avec ses figurines de jedis. Elle a tiqué le jour où elle l’a surpris en train de flirter avec une de ses amies. Et la tension est encore montée d’un cran quand elle a découvert que Mark avait démissionné, sans la prévenir, de son travail de vendeur pour fonder une société de production de films, baptisée Xpress Entertainment. Contrariée, Jess l’a tout de même laissé installer son matériel dans leur garage.
Les vagues projets de films sortis de l’imagination délirante de Twitchell n’ont évidemment jamais vu le jour. Il faut dire que les scenarios étaient pour le moins gratinés. Qu’on en juge : une de ces histoires raconte la dérive d’un meurtrier qui attire un homme sur un site Internet en se faisant passer pour une femme. Quand sa proie arrive au rendez-vous, le tueur, le visage dissimulé sur un masque d’horreur, l’assomme, la ligote sur une chaise et la force à donner des informations sur elle afin de rassurer ses proches, avant de la décapiter et de la démembrer. Quand Mark, enthousiaste, lui a demandé son avis, Jess lui a rétorqué que son histoire était trop tordue pour intéresser qui que ce soit et qu’il ferait mieux de jeter ça à la poubelle.
Jess a vraiment commencé à en avoir assez quand, à l’automne de 2008, elle a surpris son mari en train de surfer sur des sites de rencontres. Pris la main dans le sac, il a tenté de se justifier en expliquant qu’il effectuait des recherches pour un livre sur l’adultère. D’ailleurs, quelques temps plus tard, pour prouver sa bonne foi, Mark a appelé l’éditeur devant Jess avant de lui passer le téléphone pour qu’elle vérifie par elle-même. Le type, à l’autre bout du fil, lui a paru un peu vaseux, à vrai dire. Et, un mois plus tard, lors d’une nouvelle dispute, Jess a à peine été surprise quand Mark a reconnu avoir embauché un acteur pour donner crédit à son excuse bidon…
Cette fois, Jess a exigé que son mari se fasse soigner. Mark a accepté de suivre une thérapie auprès d’un psy, tous les vendredis soirs. A cette époque, le couple faisait déjà chambre à part. Jess dormant à l’étage dans leur chambre à coucher, tandis que Mark occupait une pièce aménagée dans le sous-sol de leur maison, qui lui servait à la fois de chambre et de bureau.

Jess et Mark, le jour de leur mariage, pour le meilleur et pour... le pire. En bas, deux photos de Mark, postées sur sa page Facebook pour promouvoir sa société de production de films.
Jess et Mark, le jour de leur mariage, pour le meilleur et pour… le pire. En bas, deux photos de Mark, postées sur sa page Facebook pour promouvoir sa société de production de films.

Vendredi 10 octobre 2008, ne voyant Mark pas rentrer – sa séance se terminait normalement à 21 heures – Jess l’a appelé sur son portable pour savoir où il était.
— Je suis à la salle de sport, lui a-t-il répondu. J’ai besoin de me défouler un peu. Ne m’attend pas pour manger.
Cela sentait le mensonge à plein nez. Et Jess lui a répondu qu’elle savait parfaitement que le gymnase était fermé. Mark ne s’est pas dégonflé pour autant et a rétorqué du tac au tac qu’il était dans une autre salle de sport. Plus tard, après que l’on ait découvert les actes monstrueux perpétrés par son mari, Jess a affirmé que Mark avait eu un comportement normal durant le week-end. Il était très occupé à la mettre la dernière main à son costume d’Halloween, une armure d’Iron Man.
Quoi qu’il en soit, le soir d’Halloween, Mark Twitchell n’a pas pu parader dans sa belle armure de super-héros. Des policiers d’Edmonton sont en effet venus lui passer les menottes. En lui rappelant ses droits, ils lui ont précisé qu’il était soupçonné de meurtre. Ces policiers enquêtaient sur la disparition mystérieuse de John Altinger, un ingénieur de 38 ans. Ses proches avaient bien reçu un courriel dans lequel il affirmait être parti en vacances au Costa Rica avec « une femme extraordinaire, prénommée Jen », ils n’y croyaient pas le moins du monde, et avaient donné l’alerte. Très vite, les enquêteurs ont découvert que John Altinger s’était rendu chez Mark Twitchell, dans la soirée du vendredi 10 octobre. Et qu’il n’en était jamais revenu.
En perquisitionnant dans le garage où Twitchell réalisait ses films, les détectives ont découvert un texte de 42 pages qu’il avait tenté d’effacer de son ordinateur portable mais qu’un expert en informatique est parvenu à reconstituer. Le fameux scénario dont il était si fier. Le document, rédigé à la première personne, commence par cet avertissement : « Cette histoire est basée sur des faits réels. Elle montre mon cheminement pour devenir tueur en série ». Rapidement, les enquêteurs ont acquis la certitude que Mark Twitchell avait assassiné John Altinger en suivant le scénario de son film. Le corps de ce dernier restant introuvable, il était également probable que Twitchell s’en était débarrassé en le jetant dans une canalisation d’égouts, comme il l’indique dans son scénario.
En juin 2009, après avoir longtemps nié avoir quoi que ce soit à voir avec la disparition de John Altinger, Mark Twitchell a demandé par l’intermédiaire de son avocat, à rencontrer les enquêteurs, au centre de détention d’Edmonton où il était incarcéré en attendant d’être jugé. Quand les policiers sont arrivés, Twitchell leur a remis une carte, tirée du site internet Google, avec ces mots en dessous : « endroit où se trouvent les restes de John Altinger ». Le lendemain, un cadavre était effectivement mis à jour à l’endroit indiqué, dans un conduit d’égout.

Mark Twitchell photographié en compagnie de Nahili Brishan, et de Michonne Bourriague, deux actrices de Star Wars. En bas : Twitchell (dirigeant des Stormtroopers) avait tenté de tourner un fan film de la saga.
Mark Twitchell photographié en compagnie de Nahili Brishan, et de Michonne Bourriague, deux actrices de Star Wars. En bas : Twitchell (dirigeant des Stormtroopers) avait tenté de tourner un fan film de la saga.

Le procès de Mark Twitchell s’est ouvert en mars 2011 devant le tribunal d’Edmonton. Une audience pleine de rebondissements. Les jurés ont d’abord pu entendre en vidéoconférence le témoignage glaçant de Renée Waring. Cette résidente de l’Ohio, veste noire, long cheveux corbeau tombant sur ses épaules, a expliqué être entrée en contact avec Mark Twitchell par l’intermédiaire de Facebook. Twitchell s’y présentait sous le pseudonyme de Dexter Morgan. Au cours de leur correspondance, ils ont évoqué leurs « pensées sombres ». Ils ont également échangé des conseils sur la meilleure façon de tuer quelqu’un, de dépecer un corps, et des astuces pour ne pas laisser de traces lors d’un crime. Le 14 octobre, soit quatre jours après la date du meurtre de John Altinger, Mark Twitchell s’excusait dans un courriel d’être resté silencieux quelques jours. « Quelque chose d’autre m’a occupé, mais je ne veux vraiment pas en parler à cause des conséquences, expliquait-il. Il suffit de dire que j’ai franchi la ligne vendredi et que ça m’a plu. »
Autre témoignage accablant, celui de Gilles Tetreault. Il est, lui, un rescapé. A la barre, il a raconté comment il a cru mourir dans le garage de Mark Twitchell, le 3 octobre 2008. Attiré par la promesse d’un rendez-vous avec une femme rencontrée sur Internet, il a été attaqué par-derrière et frappé à la tête par un homme portant un masque. Au cours de l’affrontement, Tetreault s’est rendu compte que le revolver de son agresseur était factice et est parvenu à s’enfuir. Pas très fier de sa mésaventure, il a préféré ne pas alerter la police, jusqu’à ce qu’il apprenne par les journaux le meurtre de John Altinger.
Le 12 avril 2011, après dix-huit jours d’audience insoutenables, les jurés ont condamné Mark Twitchell à la prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans. Incarcéré au pénitencier de Saskatchewan, Mark Twitchell reste toujours autant fasciné par Dexter. C’est ce qu’a révélé l’écrivain Steve Lillebuen, qui a échangé plusieurs courriers avec lui et qui lui a consacré un livre (The devils’s cinema, non traduit en France). Dans une de ses lettres, Mark Twitchell affirme qu’il ne manque jamais un épisode de la série.

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