Ce message codé peut se lire dans tous les sens

Cette étrange plaque de 3, 49 cm sur 4,12 cm et vieille de 1500 ans, a été découverte, en 2011, dans les ruines de l’agora de la cité antique de Nea Paphos, au sud-ouest de Chypre, par les archéologues de l’Institut d’archéologie de l’Université Jagellonne de Cracovie (Pologne). Sur une face, on peut voir une inscription de 59 caractères, et sur l’autre, la représentation de divinités et d’animaux mythologiques. Le propriétaire de cet ustensile insolite, en la gardant sur lui, prenait sans doute un risque important.  Devinerez-vous pourquoi ?

Brocante 10 Palindrome

Réponse : Il s’agit d’une amulette contre les mauvais sorts. Au moment où elle a été fabriquée, Chypre faisait partie de l’Empire romain d’Orient, ou Empire byzantin. La religion officielle était alors le christianisme et les pratiques païennes de plus en plus sévèrement réprimées. La découverte de ce talisman montre que certains ont continué à préférer leurs anciennes superstitions pour se protéger, en dépit des règles religieuses imposées par les Romains.
L’inscription que l’on voit sur la première face est un palindrome, c’est-à-dire qu’elle se lit aussi bien de gauche à droite que de droite à gauche (Un exemple connu : Esope reste ici et se repose). Celui qui figure sur ce talisman se traduit par : « Iahweh (un dieu) est le porteur du nom secret, le lion de Re est en sécurité dans son sanctuaire. » Sur la face illustrée, on reconnait Osiris, le dieu égyptien de l’au-delà et de la réincarnation, allongé sur une barque et momifié (des hachures évoquent les bandelettes d’une momie). Au-dessus de lui, se tiennent Harpocrate, le dieu du silence, un doigt sur la bouche et, semblant l’imiter, une créature à tête de chien, appelée cynocéphale. Celui qui a réalisé ce porte-bonheur s’est inspiré de sources égyptiennes, mais ne connaissait visiblement pas toutes les subtilités de la mythologie égyptienne. Le professeur Joachim Śliwa, de l’ Université Jagellonne de Cracovie, a en effet relevé des erreurs dans le palindrome. A deux reprises, le scribe a inscrit «p» au lieu de «v». Harpocrates devrait être assis sur une fleur de lotus, et non pas sur un siège. Quant au cynocéphale, il était traditionnellement représenté avec les pattes levées en signe d’adoration. Ce qui n’est pas le cas ici.
Sur les palindromes, à lire : Sator, le carré magique, d’Alain Le Ninèze (Ed. Actes Sud, 2008)

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